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 Weber et la fin des terroirs: Paysannerie française, politique et révolution

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Cat Lord

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MessageSujet: Weber et la fin des terroirs: Paysannerie française, politique et révolution   Lun 20 Oct 2008 - 23:07

Bonjour,

je viens de tomber sur la référence suivante:

Eugen Weber, Peasants Into Frenchmen

traduit en Français par

La fin des terroirs, La modernisation de la France rurale, 1880-1914

Apparemment controversé, puisqu'allant à l'encontre de l'idée que les paysans ont participé à la révolution de 1789, et affirmant qu'au contraire, le milieu paysan français ne se serait politisé qu'avec l'École Publique sous la IIIème Rep.

Je me suis dit qu'il n'était pas possible que personne ne l'ai lu sur le forum.

Des avis sur le bouquin et la théorie du monsieur ? :)

Cat

PS: Quelque part, ça fait pendant à l'autre enfilade que je viens d'ouvrir, bien sûr, mais à mon avis, ça peut être deux discussions séparées.
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Pero Coveilha
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MessageSujet: Re: Weber et la fin des terroirs: Paysannerie française, politique et révolution   Lun 20 Oct 2008 - 23:20

Il faudrait que je retrouve mes notes ( ). Je l'ai pas lu mais j'ai eu plusieurs cours in extenso se basant sur le débat qu'il a suscité.

['tends mais ça devient du vice là de me faire replonger dans mes archives personnelles :red: ]
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Cat Lord

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MessageSujet: Re: Weber et la fin des terroirs: Paysannerie française, politique et révolution   Lun 20 Oct 2008 - 23:23

Vivement que tu retrouves tes notes alors. :D

Cat
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Cat Lord

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MessageSujet: Re: Weber et la fin des terroirs: Paysannerie française, politique et révolution   Mar 21 Oct 2008 - 0:52

En fait ça a pas tout à voir avec l'autre enfilade cette histoire ?

Si c'est le cas, faudrait merger le tout. :)

Cat
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Pero Coveilha
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MessageSujet: Re: Weber et la fin des terroirs: Paysannerie française, politique et révolution   Mar 21 Oct 2008 - 1:30

[En tout cas bravo pour tes efforts pour relancer l'activité ici, sur des sujets qui m'intéressent fortement en plus Wink ]

Il faut préalablement signaler une chose. Quand E. Weber dit que le monde paysan ne s'est politisé que tardivement, c'est au nom d'une définition bien spécifique de la politisation, c'est-à-dire celle du lien intellectuel établi par la population entre sa vie privée locale et la scène politique nationale, ou plus spécifiquement parisienne (parce que si l'ouvrier parisien semble politisé plus tôt, c'est peut-être aussi parce que le local et le national se confondent plus aisément pour lui). Ca n'exclut absolument pas ce qu'on pourrait appeler, au choix, une pré-, une proto-, une infra-politisation qui donnerait par exemple une image particulière de la condition de paysan, de sa relation avec la noblesse qu'elle cotoie, avec les différents pouvoirs locaux, etc.
Pour une grande part donc, on pourrait dire que l'expression "nationalisation de la politique" serait plus appropriée que celle de "politisation modernisée".

Weber s'intéresse notamment aux pratiques électorales. Contre la vision très légaliste du du suffrage universel qui aurait créé par soi le citoyen, sous le trait de plume d'une élite généreuse qui aurait condescendu à donner au peuple un pouvoir qu'il pouvait exercer du jour au lendemain, il montre qu'il y a eu un lent, très lent apprentissage des paysans pour s'emparer de ce droit. Les premières élections, d'ailleurs, ont bien montré que les paysans, loin d'envoyer les leurs pour les représenter, ont renforcé les notables locaux, qu'ils soient nobles ou bourgeois. Tocqueville évoque par exemple comment son élection s'est passée en 48 avec la population de sa circonscription le portant unanimement aux urnes. Il y a bien d'autres exemples sur la manière dont des agents électoraux ou les candidats eux-mêmes achetaient les votes en offrant un coup à boire, ou montrant à quel point l'instauration de procédures visant à rendre le vote secret ont dérangé la volonté de la communauté villageoise de renforcer ses liens internes par l'expression de son unanimité. Ce n'est qu'au fur de la pratique, à mesure qu'ils réalisaient l'importance qu'accordaient les élites à leur vote à eux, que les paysans ont réalisé le pouvoir qu'ils détenaient sur celles-ci. De même, la progressive mise en concurrence des candidats a miné l'autorité "naturelle" des élites locales. Enfin, les étiquettes politiques, qui ne faisaient sens que dans les assemblées supérieures à l'échelon local, ont fini par être habillées également à cet échelon en s'attachant à la personnalité de l'édile qui la porte localement (un Républicain, c'est quelqu'un comme le médecin qui se proclame tel; un bonapartiste, c'est quelqu'un comme le pharmacien). Les conflits internes à la communauté vont être retraduits en fonction : est républicain celui qui prend le parti du médecin sur telle polémique locale. Les fonctionnaires surtout, et notamment les instituteurs, vont jouer un grand rôle d'intermédiaires culturels par une pédagogie reformulant les enjeux locaux selon les termes d'usage au niveau national : l'occupation des sols n'est pas juste une bisbille personnelle entre le hobereau local et les petits paysans, elle prend un sens plus large, plus politique en s'élargissant au canton, au départmeent, au pays.

Cette description est juste dans ses détails à mon avis, qui suit celui du prof qui nous avait fait ce cours Wink. A la condition près, de taille, qu'on s'en tienne à la définition de la politisation retenue par Weber. Alain Corbin, qui s'est penché sur les anonymes, plutôt que de prendre la perspective en surplomb qui dirait ce qu'est une "bonne politisation", qui suivrait la définition des élites, s'est intéressé de plus près au point de vue paysan. La défense de la communauté villageoise face au monde extérieur, la focalisation sur les conflits locaux, voire familiaux, la retraduction localiste des enjeux nationaux (plutôt que l'inverse décrit par Weber), tout cela constitue déjà des formes de politisation, certes moins lisse que dans la définition officielle, et moins aisément compréhensible pour nous 150 ans plus tard. C'est au prix de la disqualification de telles pratiques politiques (il n'est pas "citoyen" de faire complète allégeance à ses élites pour consolider la communauté locale, par exemple) que la version moderne de la politique s'imposera. Mais les logiques officieuses perdurent jusqu'à aujourd'hui : on peut le voir dans les fidélités, jugées irrationnelles depuis l'extérieur, envers des dynasties politiques locales, ou le maintien en place de potentats locaux.
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Pero Coveilha
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MessageSujet: Re: Weber et la fin des terroirs: Paysannerie française, politique et révolution   Mar 21 Oct 2008 - 1:31

Cat Lord a écrit:
En fait ça a pas tout à voir avec l'autre enfilade cette histoire ?

Si c'est le cas, faudrait merger le tout. :)

Cat
Perso je prends les deux sujets sous des angles complémentaires, mais qui ne se recoupent pas entièrement. Je trouve ça mieux comme ça, mais ça peut dépndre du développement de chacune des discussions.
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Oexmelin

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MessageSujet: Re: Weber et la fin des terroirs: Paysannerie française, politique et révolution   Mar 21 Oct 2008 - 18:02

Je passe en coup de vent, mais je vais en profiter pour évoquer un dérivé de Weber qui intéressera peut-être Cat: Leslie Choquette a inversé les termes de Weber dans son étude sur l'immigration française au Canada. Son ouvrage s'intitule «Frenchmen into Peasants».
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Cat Lord

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MessageSujet: Re: Weber et la fin des terroirs: Paysannerie française, politique et révolution   Mar 21 Oct 2008 - 21:25

Oexmelin a écrit:
Je passe en coup de vent, mais je vais en profiter pour évoquer un dérivé de Weber qui intéressera peut-être Cat: Leslie Choquette a inversé les termes de Weber dans son étude sur l'immigration française au Canada. Son ouvrage s'intitule «Frenchmen into Peasants».
Joli ! Cool

Cat
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